L’Afrique décide de s’attaquer aux racines de la piraterie maritime

L’Afrique décide de s’attaquer aux racines de la piraterie maritime

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« Couper la piraterie à la racine » : telle est la dénomination d’une campagne sous régionale sur la sécurité maritime au centre d’un colloque international de quatre jours ouvert ce mardi 09 août 2016 à Lomé. Organisé par le gouvernement togolais en collaboration avec l’Organisation Maritime de l’Afrique de l’Ouest et du Centre (OMAOC), cette rencontre marque le début d’une nouvelle offensive dans la permanente lutte contre la piraterie maritime et toutes les formes de terrorisme maritime qui menacent l’économie encore fragile des pays africains.

Piraterie, trafics de drogue, d’armes et d’êtres humains, contrebande, et entre autres pêche illicite constituent de sérieuses menaces contemporaines pour les eaux africaines alors même que la grande majorité des échanges commerciaux se fait par voie maritime (90 % selon les statistiques internationales). La grande inquiétude est que depuis un certain temps, les côtes ouest et centrafricaines sont devenues le nouveau centre de gravité de la piraterie en Afrique, en dépit des efforts des Etats pour en finir avec ce fléau. Selon le Bureau Maritime International (BMI), sur les neuf premiers mois de 2014, le golfe de Guinée est resté le champion africain de la piraterie, avec 33 attaques recensées contre 10 au large de la Somalie, en dehors de certains cas non déclarés.

A travers ce colloque de Lomé ouvert par le Ministre Ninsao GNOFAM en charge des infrastructures et des transports,  les experts des 25 Etats membres de l’OMAOC veulent donc avoir une longueur d’avance sur les criminels pour une piraterie « zéro » afin de mieux protéger l’économie maritime des pays d’Afrique de l’ouest et du centre.

En effet, le Secrétaire général de l’OMAOC, Alain Michel LUVAMBANO  explique que cette campagne dénommée vise en fait à présenter les techniques utilisées par les criminels en mer, pour faciliter la formulation de stratégies afin de pouvoir attaquer le fléau en amont. Pour lui, en matière de lutte contre la piraterie et les attaques à mains armées contre les navires marchandes, il faut aller au-delà des initiatives qui ont été prises depuis le sommet de Yaoundé en juin 2013 qui sont principalement orientées vers la recherche de criminels en mer et la répression des crimes. « Il se trouve que certains paramètres jouent en faveur du criminel notamment l’immensité des espaces à surveiller, l’état de préparation des criminels et leur détermination à affronter les forces de sécurité. Il nous est apparu important que les administrations maritimes s’imprègnent suffisamment des méthodes utilisées par les criminels, et agissent sur chaque élément de leur technique afin de les empêcher de s’organiser et de prospérer dans leurs activités », a-t-il indiqué.

 « Les eaux de l’Afrique abritent une variété de situation menaçantes dont la plupart sont bien connues alors que d’autres telles que le terrorisme maritime demeure des phénomènes émergents (…) ; Le moment est venu pour chercher les voies et moyens afin de prévenir ces actes de piraterie qui ont un impact sur l’économie des pays en développement », a pour sa part martelé Alpha LEBGAZA, Directeur des affaires maritimes du Togo.

Le choix du thème de ce colloque n’est donc pas fortuit et cadre parfaitement avec les réalités de la piraterie contemporaine qui, selon Ninsao GNOFAM, met en jeu des intérêts de toute une chaîne d’intervenants directs et indirects dans le secteur des transports maritimes. « Couper la piraterie à la racine est un grand défi, sinon un grand challenge auquel il faut faire face par tous les moyens de prévention », a-t-il reconnu tout en regrettant le fait que les actes de piraterie ont des complices et des collaborateurs au sol avant et après les opérations.

« Les pirates disposent d’un réseau d’informations et de renseignements bien organisé, et changent de temps en temps leur mode opératoire  pour atteindre leurs objectifs. Nous ne devons pas baisser la garde face à ce fléau qui mine le commerce maritime estimé », a indiqué Ninsao GNOFAM.

Pour lui, le souci majeur est  qu’au sortir de ce colloque, les pays membres de l’OMAOC puissent à l’instar des pays des autres régions du monde, tracer des pistes permettant un jour de mettre en place, des moyens matériels permettant d’éradiquer les réseaux qui alimentent la piraterie maritime dans la sous-région.

Il faut rappeler que le Togo accueille en octobre prochain, un sommet de haut niveau de l’Union africaine sur la sécurité maritime qui servira à créer un cadre de coopération devant permette de lutter efficacement contre la piraterie sur le continent.

David SOKLOU