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Politique : Le 31 juillet 2018, une date de l’espoir pour le peuple togolais ? (Dossier-analyse)

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Nana Akufo-Addo et Alpha Condé le 27 juin 2018 à Lomé (archives)
Nana Akufo-Addo et Alpha Condé le 27 juin 2018 à Lomé (archives)
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Elle s’annonce comme une date fatidique, date du délibéré pour les acteurs politiques togolais, protagonistes de la crise sociopolitique du pays. Les dirigeants de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) devront se réunir à Lomé le 31 juillet prochain. Au menu des travaux, plusieurs dossiers dont celui relatif à la crise sociopolitique togolaise. L’occasion sera en effet pour les Chefs d’Etat de cet espace communautaire, de se prononcer à fond sur la crise qui secoue le Togo depuis le 19 août 2017 et pour laquelle ils ont mandaté les présidents ghanéen Nana Akufo-Addo et guinéen Alpha Condé comme facilitateurs pour essayer de concilier les deux positions qui semblent être  diamétralement opposées. Mais en attendant cette date du 31 juillet, c’est dans une guerre de déclarations que se sont lancés depuis quelques jours, le pouvoir et la coalition de l’opposition.

Faute de compromis entre les deux protagonistes de la crise à savoir pouvoir en place et l’opposition incarnée par la coalition des 14 partis, la CEDEAO va au cours de ce Sommet, imposer une feuille de route aux deux parties pour une sortie définitive de la crise. Aujourd’hui, ce Sommet se présente pour bon nombre de personnes comme celui de l’espoir pour le peuple togolais. Espoir parce que tout le monde espère une solution qui puisse mettre fin à cette à crise qui n’a fait que trop durer.

« Avec sérénité et confiance, les togolais savent que le prochain sommet de la CEDEAO, le 31 juillet, marquera une étape décisive et ouvrira des perspectives nouvelles pour la consolidation de la paix et de la stabilité et pour permettre à notre pays de renouer avec une dynamique de croissance plus forte et soutenue », a indiqué dans une interview, le ministre Gilbert Bawara, chef de la délégation du gouvernement au dialogue politique inter-togolais. Il estime que la CEDEAO, qui a eu le temps d’écouter les deux parties, connaît désormais les positions de tous les protagonistes et dispose de tous les éléments d’appréciation pour trancher dans le sens de la « normalisation définitive de la situation en se basant sur les normes et les principes qui fondent la démocratie et l’Etat de droit ».

« Tous les enseignements ont été tirés de la période tumultueuse que notre pays vient de traverser. Dès le 1er août prochain, le temps des diktats, des postures de blocage et d’une volonté manifeste de statu quo que dénoncent à juste titre certains dirigeants étrangers sera totalement révolu. S’ouvrira alors un chapitre nouveau et chacun comprendra que la sagesse et le sens de responsabilité de la majorité silencieuse et des pouvoirs publics ne sont nullement des signes de faiblesse et de résignation. Les togolais aspirent à la quiétude et au bien-être et c’est la responsabilité des pouvoirs publics de les leur assurer », a-t-il ajouté, précisant qu’ « il n’y aura plus jamais d’autre 19 août 2017 », (date de l’éclatement de la crise sociopolitique et du renforcement de la contestation du pouvoir de Faure Gnassingbé, Ndlr).

« L’heure est désormais aux actes, aux décisions et à l’action déterminée pour normaliser totalement et durablement la situation. Les repères et le fondement des décisions attendues sont parfaitement connues, ce sont les valeurs, les normes et les principes qui sous-tendent la démocratie et l’Etat, qui s’appuient solidement sur des règles juridiques essentielles et que reprennent largement les instruments communautaires pertinents, notamment le protocole additionnel de la CEDEAO relatif à la démocratie et à la bonne gouvernance », a par ailleurs souligné le ministre Gilbert Bawara.

Du côté de l’opposition, l’on se dit confiant, en espérant que rien ne sera plus comme avant au Togo. « Ce que la coalition attend de la CEDEAO, c’est qu’elle rende une décision qui fera date dans l’histoire de notre pays et dans l’histoire de la sous région », a fait savoir dimanche dernier sur une radio de la place, Eric Dupuy, chargé de communication de la coalition des 14 partis de l’opposition.

« Nous avons le droit de dire non si la décision de la CEDEAO ne nous convient pas », a-t-il averti, ajoutant que « les togolais ont besoin de liberté, ils ont besoin de l’alternance politique pour le développement économique et social. Il faut qu’ils nous aide pour que l’alternance politique soit effective le plus rapidement possible ».

« Vous voyez ceux qui interviennent dans la crise togolaise. Dans leur pays, il y a eu alternance politique et leurs populations ne pourront jamais comprendre qu’une seule famille dirige ce pays depuis 55 ans. Personne ne pourra l’accepter », a souligné Eric Dupuy.

En répondant au ministre Gilbert Bawara, le délégué général de l’Union des démocrates socialistes UDS-Togo (parti membre de la coalition), a pour sa part martelé que la seule condition pour qu’il n’y ait plus de 19 août, c’est que le Togo doit être « rayonnant » de démocratie.  « Les Togolais ne seront plus jamais tenus en esclavage. Nous n’accepterons plus jamais que les ressources de ce pays soient dilapidées ou accaparées par une minorité. Tant que les choses seront comme elles sont, les 19 août vont se multiplier », a déclaré Antoine Folly ce lundi dans une émission sur la radio Victoire FM à Lomé.

Sur place donc à Lomé, le débat est bien alimenté à quelques jours du Sommet de la CEDEAO. L’organisation sous régionale aura la lourde mission d’achever son rôle d’arbitre et vivement que les recommandations qui seront issues de cette session des dirigeants ouest africains soient acceptées par tous, et que chacun fasse preuve d’un sursaut patriotique pour une résolution définitive de la crise. Au cas contraire, cette crise sera loin de connaitre son aboutissement.

Une chose est sûr, c’est que les Togolais quel que soit leurs bords politiques, attendent beaucoup de ce Sommet. Le souhait est que de bonnes décisions soient prises pour consacrer la victoire du Togo sur la crise, car comme l’avait dit le Commissaire des affaires politiques, paix et sécurité de la CEDEAO en mission jeudi dernier à Lomé, « c’est toute la communauté sous régionale qui est concernée quand un pays souffre des difficultés politiques ».

Espoir AMEHOASSI / David S.