Togo/ La difficile marche vers le dialogue de sortie de crise…

Togo/ La difficile marche vers le dialogue de sortie de crise…

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Des acteurs de la classe politique togolaise
Des acteurs de la classe politique togolaise
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Jusqu’à ce jour, personne ne sait véritablement la date de la tenue du dialogue annoncé le mois dernier par le gouvernement pour une sortie de la crise sociopolitique dans laquelle est plongé le Togo depuis plus de quatre mois déjà. Depuis des semaines, les tractations devant baliser la voie à cette rencontre de négociation entre acteurs de la classe politique togolaise sont toujours en cours et les résultats peinent à se dessiner, tant chacun essaie de tirer le fil du rapport de force.

Tous les acteurs semblent s’accorder tout de même sur un fait : la crise ne se résoudra qu’autour d’une table de discussion. Cette volonté de voir les protagonistes se retrouver autour d’une table est encore une fois réaffirmée par la communauté sous régionale lors de la 52ème session ordinaire de la conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO tenue le 16 décembre dernier à Abuja au Nigéria.

La Conférence avait notamment lancé un appel aux acteurs politiques togolais à s’engager pleinement et dans les plus brefs délais, dans un dialogue inclusif afin de parvenir à la mise en œuvre des réformes politiques, dans le respect de la Constitution et des institutions démocratiques.

Des mesures d’apaisement ont été entre temps prises par le pouvoir en place afin de décrisper le climat sociopolitique pour l’ouverture du dialogue. Le Gouvernement ira même plus loin pour estimer que toutes les conditions étaient réunies en faveur du dialogue, mais c’est  sans compter sur la radicalisation et la pression entretenue par la coalition des 14 partis de l’opposition qui continue les manifestations politiques tout en montant les enchères pour exiger la libération de tous les détenus dans le cadre des manifestations et ceux des incendies des marchés de Lomé et Kara.

De fait, pouvoir et opposition ne parviennent pas pour l’heure à s’accorder sur les conditions de la tenue du dialogue de même que sur la forme qu’il devra prendre. L’opposition réclame la médiation d’un Chef d’État de la sous-région alors qu’en face, le pouvoir s’inscrit plutôt dans la logique d’un dialogue inter-togolais. Dans une émission sur une radio de la place, le ministre de la fonction publique, Gilbert Bawara a laissé entendre cette semaine que « le Togo n’a pas besoin de médiateur ni de facilitateur extérieur ».

Selon ce cadre du parti UNIR (pouvoir), cette position est largement partagée par les Chefs d’Etat et de Gouvernements de le CEDEAO. Gilbert Bawara avait notamment indiqué que la seule chose que la Conférence a demandé aux Chefs d’Etat ghanéen, guinéen, béninois et burkinabè, c’est de continuer à suivre la situation au Togo et d’aider à surmonter d’éventuels blocages en cas de besoin.

A la coalition de l’opposition, l’on estime que les propos du ministre Bawara s’inscrivent dans une campagne de communication du régime en place avec pour objectif non seulement de minimiser la crise profonde pour écarter le principe d’une médiation externe, mais aussi de « décourager les togolais en vue d’affaiblir leur lutte pour maintenir le régime au pouvoir ».

Autre souci, la composition des participants au dialogue. Sur le sujet, le Chef de l’Etat a fait part de son point de vue dans son récent entretien accordé à nos confrères de Jeune Afrique. « Nous avons, au sein de l’opposition, des partis représentés à l’Assemblée et des partis extraparlementaires. Ils devront décider s’ils y viennent séparément ou en coalition. Nous avons aussi des partis qui n’ont ni manifesté ni revendiqué et qui agissent dans le cadre des institutions. Ceux-là aussi ont le droit de participer. Cette crise est politique, le dialogue sera donc une séquence purement politique. Il y aura un dialogue et un référendum, mais pas de conférence nationale bis », a déclaré Faure Gnassingbé. Mais du côté de la coalition de l’opposition, l’on n’apprécierait pas l’idée d’un dialogue avec d’autres partis de l’opposition, notamment ceux qui ne sont pas membres de la coalition.

C’est dans cet imbroglio que se prépare ce dialogue tant attendu qui devra sortir le Togo de l’ornière. A l’analyse, l’on pourra dire qu’à l’allure où vont les choses, la situation risque de se compliquer dans la mesure où l’opposition appelle à de nouvelles manifestations les 27, 28 et 30 décembre prochains.

Il urge donc que les uns et les autres fassent preuve d’un sursaut patriotique afin de sauver les maigres acquis démocratiques et économiques dont le pays peut se prévaloir. Au demeurant, le grand  succès sera que ce dialogue, s’il arrivait à se tenir, ne soit pas un dialogue de plus, mais celui qui mettra définitivement fin à cette crise qui n’a fait que trop durer.

David SOKLOU