Interview du Coordonnateur Opérationnel Délégué du PPAAO-Togo : « Le PPAAO a...

Interview du Coordonnateur Opérationnel Délégué du PPAAO-Togo : « Le PPAAO a contribué à assurer la base d’un développement futur de notre agriculture »

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Dr Assimiou ADOU RAHIM ALIMI
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Au Togo, la mise en œuvre de la phase additionnelle du Programme de Productivité Agricole en Afrique de l’Ouest-Volet Togo (PPAAO Togo) prend fin le 31 décembre prochain. Dans une interview accordée à la Rédaction, le coordonnateur opérationnel délégué revient sur le bilan global de ce programme  mise en œuvre depuis 2011 dans le pays. Le Dr Assimiou ADOU RAHIM ALIMI évoque également les travaux de la mission de synthèse du PPAAO déroulés il y a quelques semaines à Abidjan en Côte d’Ivoire avant d’annoncer l’opérationnalisation dès 2021 si tout va bien, d’un nouveau programme sur la base des acquis du PPAAO. Il a par ailleurs souligné au passage, l’importance de l’initiative du Mécanisme Incitatif de Financement Agricole (MIFA) et de la recherche agronomique dans les nouvelles orientations dans le secteur agricole togolais en lien avec le Plan National de Développement (PND). Lecture !

 

Bonsoir M. le Coordonnateur, vous avez d’effectuez une mission sous régionale en Côte d’Ivoire. De quoi a-t-il été question ?

Merci beaucoup pour la question. Comme vous le savez, le PPAAO c’est un programme régional et dans le cadre de ce programme, périodiquement, nous avons des missions d’appui. Quand ces missions finissent dans les différents pays, on fait une réunion régionale qui est une réunion synthèse pour partager un peu les acquis et les bonnes expériences et en même temps évaluer les performances du programme. Donc la rencontre à laquelle nous avons participé à Abidjan est la réunion régionale après la mission d’appui. Au Togo, la mission s’est déroulée du 04 au 09 novembre dernier. Nous avons quatre pays qui sont encore dans le financement additionnel. Ces quatre pays se sont retrouvés avec d’autres acteurs pour faire le point sur la mise en œuvre du programme durant l’année 2019. Au cours de la réunion, il était question de faire le point des progrès que chaque pays a eu à réaliser, mais aussi l’occasion de partager un certain nombre d’expérience qui sont profitables. La réunion a aussi permis de noter la performance des quatre pays qui sont encore en train de mettre en œuvre le PPAAO. Sur les quatre pays, il y deux qui ont été notés satisfaisants : le Togo et la Guinée. Les deux autres pays notamment le Niger et le Bénin ont été notés moins satisfaisants. Disons que c’est une satisfaction pour nous qu’on puisse reconnaitre qu’au cours de l’année 2019, nous avons réalisé des performances appréciables. La réunion a aussi consacré la fin du programme puisque le PPAAO clôture le 31 décembre 2019.

 

Chaque pays ayant sa spécificité, vous avez certainement évoqué le concept MIFA au cours de cette réunion. Quelle a été l’appréciation des autres délégués de la sous région ?

 

Comme je le disais, un des objectifs de ces réunions synthèse est de partager les bonnes pratiques, les bonnes expériences, les bons modèles qui ont réussi ici et là. C’était donc l’occasion pour nous de parler du Mécanisme Incitatif de Financement Agricole (MIFA) déjà que même la mission d’appui quand elle est venue ici, a échangé avec nous sur le MIFA et a trouvé que c’est un modèle qui peut être généralisé dans la sous région. Donc cela nous a amené à le partager avec les autres collègues au cours de la réunion. J’avoue que d’une façon générale, la réunion a souhaité que le modèle MIFA puisse être un modèle qu’on peut généraliser au niveau de la région. Même dans le nouveau programme qui est en train d’être monté, on est train d’envisager qu’on puisse s’appuyer sur des modèles comme le MIFA. L’avantage que nous avons avec le MIFA, c’est que nous établissons de façon durable, une agriculture qui permettra vraiment aux producteurs d’améliorer leurs conditions de vie. Vous savez, aujourd’hui le plus grand problème pour nos producteurs c’est d’abord, l’écoulement, le marché. Quand vous prenez le MIFA, c’est d’abord le marché et le lien avec une micro finance pour le financement. Et à partir du moment où vous avez le marché qui est garanti,  vous avez un agrégateur, vous avez les producteurs avec l’accès à un financement, je crois que c’était un peu ça les obstacles dans le secteur agricole. Donc le MIFA vient aujourd’hui nous aider à régler vraiment ce problème que nous avons. L’expérience du Togo a été une réussite qui va faire cas d’école pour les autres pays. Dans tous les  cas la réunion a apprécié le modèle MIFA et la région souhaiterait que ce soit un modèle qu’on pourra vulgariser dans la région.

 

Quel est réellement le rapport entre le PPAAO et le MIFA ?

 

Le lancement et la mise en œuvre du MIFA nous a changé un peu de logique d’intervention au niveau du secteur. Ce que le MIFA vient apporter aujourd’hui, c’est de responsabiliser les producteurs. Avec la mise en œuvre du MIFA, il y a comme un changement de paradigme qui fait qu’au niveau du ministère, nous avons d’ailleurs décidé d’adosser l’ensemble de nos interventions sur le MIFA. Tout ce que nous avons prévu en termes de subvention ou d’appui qu’on devait apporter, nous l’avons lié au MIFA pour faire en sorte que nous puissions et avec l’intervention du MIFA, et avec l’intervention du projet, apporter des solutions aux producteurs. Vous savez qu’avec le PPAAO, nous faisons des appuis pour l’accès aux semences donc nous avons avec le MIFA travaillé ensemble pour faire en sorte que les coopératives puissent avoir un plan d’affaire et à l’intérieur de ce plan d’affaires, la subvention qu’on devait apporter en semence a été apportée. Au niveau du plan d’affaires vous avez un certain nombre de facteurs mais le projet est intervenu sur les semences avec une petite subvention mais qui est beaucoup plus efficace que ce que nous faisions de par le passé. Aujourd’hui ce n’est plus de la subvention gratuite que nous faisons mais une subvention qui permet au producteur de rembourser une partie, donc de le responsabiliser davantage et d’être beaucoup plus appliqué.  Puisque l’ensemble des ces coopérations que nous avons aidé cette année ont un agrégateur donc ils ont des contrats de production avec l’agrégateur. Donc quand les gens se retrouvent dans ces conditions, vous voyer un peu ce que ça peut leur donner comme élan. C’est cette collaboration que nous avons fait avec le MIFA sur les semences et sur un certain nombre d’autres technologies aussi parce que nous avons au à appuyer les apiculteurs pour avoir accès aux ruches. Donc disons qu’il y a un peu comme de la complémentarité et de la synergie dans ce que nous avons fait avec le MIFA cette année.

 

Le PPAAO, l’une des grandes composantes du PNIASA devenu aujourd’hui PNIASAN tire vers sa fin. Que peut-on retenir comme bilan de façon globale ?

 

Le PPAAO est mis en œuvre au Togo depuis 2011. Dans le cadre du PNIASAN le PPAAO est venu apporter au sous programme 4 concernant toutes les questions de la recherche et de la vulgarisation. Le premier bilan que l’on peut faire aujourd’hui c’est que le PPAAO a permis de redonner de la capacité à notre système de recherche agricole. C’est fondamentale parce qu’un secteur agricole sans une recherche forte qui l’accompagne ne donne pas vraiment un bel avenir. Quand je parle de système de recherche agricole, il n’y a pas que l’institut de recherche agricole, mais aussi l’institut de la vulgarisation où à travers les renforcements de capacités et appuis divers, on a pu réchauffer ces structures qui font qu’aujourd’hui dans leur intervention, il y a eu des améliorations en termes d’outils et d’approches qu’elles utilisent. Au niveau de l’Institut Togolais de Recherche Agronomique (ITRA), quand vous regardez les laboratoires d’aujourd’hui avec avant l’intervention du projet, il y a eu une nette amélioration. L’ITRA est aujourd’hui capable de faire pas mal de choses au niveau de son laboratoire.  Au niveau des infrastructures que ce soit au niveau de l’ICAT ou de l’ITRA, un certain nombre de renforcement a été fait. Le projet a également permis d’améliorer le niveau des ressources humaines à travers le financement de formations diplômantes à l’ICAT et surtout à l’ITRA.

Fondamentalement le projet visait à mettre à la disposition, des technologies qui permettent d’améliorer la productivité. Aujourd’hui on peut se dire que le PPAAO a permis d’améliorer la technologie au niveau national. Cela en permettant la génération d’un certain nombre de technologies et en favorisant aussi l’introduction de technologies. Parce qu’au niveau du programme, un des aspects originaux est que le projet favorise les échanges de technologie. Donc le programme a comme briser les frontières dans la circulation des technologies. La base de tout développement, c’est la technologie mise en place. En un mot, le PPAAO a contribué à assurer la base d’un développement futur de notre agriculture de façon générale.

 

Le PPAAO tire à sa fin au Togo. Est-ce qu’on peut espérer une seconde génération de ce programme ?

 

La réunion que nous avons eue à Abidjan nous a permis de voir quelles sont les nouvelles orientations ou les perspectives associées au programme. Il y a un nouveau programme qui va être développé. On ne peut pas dire que c’est une nouvelle génération du PPAAO mais c’est un nouveau programme qui va se baser sur les acquis du PPAAO. On fera en sorte que tout ce qu’on a comme acquis ne soit pas perdu mais qu’il puisse permettre de pouvoir étager encore un certain nombre de choses. Donc il y a un nouveau programme qui est en réflexion. Les grands axes du programme ont été discutés quand on était à Abidjan. Le nouveau programme va beaucoup plus travailler sur la résilience de nos systèmes par rapport à la question des changements climatiques, d’utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication et la digitalisation pour que le secteur puisse profiter au maximum de ces nouvelles technologies. Parce que jusqu’aujourd’hui quand vous prenez la vulgarisation, on est encore limité avec les outils que nous utilisons. Je crois qu’il y a aussi toute la question de la nutrition qui va être encore un nouvel enjeu. Ce programme va être soumis à la réunion prochaine des ministres en Guinée Conakry. Des orientations précises et fixes vont être retenues pour le démarrage du processus de formulation qui va certainement se dérouler en 2020. Donc la mise en œuvre va être peut être vers 2021.

 

Monsieur le Coordonnateur, acteur du monde rural que vous êtes, aviez-vous été touché par une image ou une scène particulière des bénéficiaires dont les conditions de vie ont une amélioration grâce à l’appui du PPAAO ?

 

Il y a beaucoup d’image mais je vais en citer quelques unes. Il me vient à l’idée l’image de Mme Sama qui est une productrice de semences que nous avions accompagnées et qui a d’ailleurs eu un prix régional et qui aujourd’hui roule avec sa voiture alors qu’elle ne l’avait pas avant. Disons que l’appui du PPAAO a complètement transformé sa vie. C’est aujourd’hui une personne plus ou moins accomplie. Elle a réussi à valoriser notre appui pour réellement se propulser. Nous avons aussi un autre exemple avec un autre producteur qui a utilisé le SRI au niveau de Agbélouvé qui aussi aujourd’hui avec le revenu qu’il a pu tirer de l’accroissement de sa production, a diversifié ses activités. Il a un moulin, il a entrepris l’élevage des porcs, il assure la scolarité de ses enfants. C’est des gens qui ont su vraiment exploiter notre appui, ce qui a véritablement changé leur vie. Nous avons aussi les femmes vaillantes au niveau d’Anié qui ont bénéficié d’un kit d’étuvage qui aujourd’hui commercialisent un riz étuvé de bonne qualité et très recherché. Ça fait vraiment plaisir de regarder ces gens aujourd’hui.

 

Tout le monde aujourd’hui s’accorde à dire que l’agriculture est le poumon de la croissance économique. Dites nous quelle est selon vous, la place de la recherche agronomique dans la relance du secteur agricole ?

 

Un secteur agricole qui se veut performant  doit vraiment compter sur une recherche performante et de qualité. En réalité la recherche doit servir pas seulement de support, mais aussi de moteur qui tire le secteur. Partout où l’agriculture s’est développée, c’est qu’il y a eu une recherche efficace, puissante et forte. Je crois que quelque soit ce que nous voulons envisager aujourd’hui, il faut que nous donnions à la recherche tous les moyens pour avoir une recherche au service de notre agriculture et capable de propulser notre  agriculture. La part de la recherche est très fondamentale et nous devons faire en sorte que nous puissions avoir une recherche digne de ce nom et capable de pouvoir répondre aux défis de notre secteur.

 

Quelle appréhension avez-vous de l’agriculture togolaise à l’heure de la mise en œuvre du Plan National de Développement (PND) ?

 

De façon générale, le Plan national de Développement donne les orientations pour le développement de notre économie. L’axe 2 consacre fondamentalement le secteur agricole comme un secteur clé qui permet de réaliser les objectifs du PND. Parce qu’au niveau de cet axe, il est attendu secteur qu’on puisse vraiment développer des pôles de transformation agricole. Et pour développer ces pôles, il faut toute une organisation. Aujourd’hui il y a un travail qui est en train de se faire pour réorganiser et structurer nos filières. C’est un travail fondamental car c’est ce qui nous permet de pouvoir répondre vraiment  à ce que le PND attend de nous. Aujourd’hui, il y a toute une transformation qui se fait au niveau de notre agriculture. La seule crainte que l’on peut avoir, c’est la question du changement climatique avec toute la perturbation qu’il y a aujourd’hui, les pluies qui viennent tôt, ou qui ne s’arrêtent pas tôt, les inondations et sécheresse etc.… Donc nous avons besoin de renforcer la résilience de notre agriculture vis-à-vis des effets des changements climatiques. Et il faut faire en sorte que notre agriculture puisse se soustraire des aléas climatiques. Si on arrive à réaliser cela je crois que notre secteur va pouvoir apporter les réponses qu’il faut et réaliser les objectifs du PND.

 

Un mot de fin ?

 

Nous tenons sincèrement à vous remercier. De l’ensemble des médias avec lesquels nous travaillons, vous êtes celui avec qui il y a une plus grande  proximité. Vous avez su relayé à des moments où c’était un peu difficile, tout ce que nous faisons. Nous souhaitons que cette collaboration puisse continuer. C’est vrai que le projet va prendre fin bientôt mais nous sommes dans une dynamique om il faut pouvoir continuer par relayer toutes les transformations qui vont se créer après.

Ce que je voudrais aussi dire est que un projet, c’est d’abord le temps et l’espace. Que tous ceux qui ont eu la chance ou l’opportunité de bénéficier de ce programme de productivité agricole aient une stratégie de pérennisation et c’est ça qui va permettre aux autres qui n’ont pas eu la même chance. Je voudrais dire aux bénéficiaires que les acquis qu’ils ont ne soient pas des acquis personnels. Ils doivent les partager et les diffuser pour qu’on puisse réaliser la transformation souhaitée au niveau du secteur. Parce que quand l’Etat s’est engagé dans ce projet, il s’est engagé pour que l’ensemble des Togolais puisse en profiter. Les impacts que les projets laissent, il faut les voir aussi à long terme.

Propos recueillis et transcrits par David SOKLOU