TOGO : Un couple homosexuel victime de vindicte populaire

TOGO : Un couple homosexuel victime de vindicte populaire

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Les LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels, et transgenres) sont bien présents au Togo, mais parce que souvent vomis par la population qui considère leur orientation sexuelle comme une relation « contre nature », ces personnes n’affichent pas publiquement leur tendance sexuelle et sont obligées de vivre leur relation clandestinement. Et si cette relation venait à être découverte, les personnes impliquées font l’objet de discrimination, de stigmatisation et de violence. C’est le cas vécu par les sieurs Djibril Ouro et Komi Sénaya, victimes de vindicte populaire.

L’histoire remonte au 04 août passé quand les deux tourtereaux ont été surpris dans une relation intime à Lossossimé, banlieue nord de Lomé. D’après nos informations, les deux hommes ont été ligotés, traînés dans la rue pour que la population les découvre et battus durant plusieurs minutes. Le couple n’aura la vie sauve que grâce à l’intervention de certaines personnes de la foule.

Mais la mésaventure de ces deux homosexuels ne fait que commencer car le plus dur restait à venir. D’après nos recoupements, le 8 août en pleine nuit, des gens armés de bâtons et de machettes sont venus enlever le sieur Djibril pour une destination inconnue. Les mêmes gens se sont ensuite rendus au domicile de Komi, pour probablement l’enlever aussi. Ils ont défoncé sa porte mais heureusement que ce dernier était absent de la maison en ce moment. Ils se sont contentés de saccager sa chambre. Probablement informé de la situation, le sieur Komi n’est plus revenu à la maison depuis lors. A-t-il été enlevé à son tour, on ne saurait le dire.

Au demeurant, ce fait est un nouveau témoignage que la société togolaise est encore loin d’accepter l’homosexualité. En effet 9 togolais sur 10 détestent l’homosexualité, selon les données d’une enquête réalisée par « Afro baromètre » et publiée en 2016.

« On note un fort rejet de cohabitation avec les personnes homosexuelles : 9 togolais sur 10 (89%) déclarent ne pas souhaiter avoir des homosexuels pour voisins, contre 5% qui le souhaitent et 5% qui disent que cela n’a pas d’importance. Le rejet de l’homosexualité par les togolais ne dépend ni du milieu de résidence des répondants, ni de leur genre, ni de leur religion, ni de leur âge, ni de leur niveau d’instruction », précise le rapport de l’enquête.

Au Togo comme dans certains autres pays d’Afrique, l’homosexualité est punie par la loi. En effet l’article 88 du code pénal togolais punit l’homosexualité d’une peine d’emprisonnement d’un à trois ans et d’une amende de 100 000 à 500 000 francs. L’homosexualité est une réalité et même si le sujet est presque tabou, le phénomène s’est développé ces dernières années d’une manière sibylline dans la société.

David S.